Depuis un bon moment déjà, on connaît les effets néfastes de l’huile de palme que l’on retrouve dans la fameuse tartinade chocolatée, surtout lorsqu’elle est produite à grande échelle. Étant donné sa mauvaise presse, des stratégies ont été mises en place pour tenter de redorer son image. Mais, est-ce vraiment une bonne nouvelle ? Nous avons demandé à la nutritionniste et auteure du livre Sucre, vérités et conséquences, Catherine Lefebvre, d’exposer la situation de l’huile de palme à l’échelle planétaire.

L’intérêt pour l’huile de palme

On obtient l’huile de palme de la pulpe du fruit du palmier à huile. L’huile de palmiste, elle, provient de noyaux de ce fruit. Riches en gras saturés, ces huiles sont stables à la chaleur, à l’air et à la lumière. Ainsi, elles confèrent la texture désirée aux produits qui en contiennent et une meilleure durée de vie sur tablette.

Abordables, même si elles viennent de loin — 80 % de la production mondiale est en Malaysie et en Indonésie —, on les retrouve surtout dans les aliments ultratransformés, comme les pâtisseries du commerce, la margarine et la fameuse pâte à tartiner. C’est l’ingrédient parfait pour remplacer les huiles végétales partiellement hydrogénées, alias les gras trans, qui possèdent sensiblement les propriétés culinaires.

Le hic dans tout ça ?

Les données probantes à l’égard de l’impact des gras trans sur la santé cardiovasculaire ne datent pas d’hier. Pourtant, ce n’est qu’en 2007 que le gouvernement canadien a invité l’industrie alimentaire à « limiter la teneur en gras trans […] à 2 % de la teneur totale en lipides pour les huiles végétales et les margarines molles tartinables et à 5 % de la teneur en lipides totale de tous les autres aliments. » 

Pendant ce temps en Malaysie et en Indonésie, la déforestation ne cesse de prendre de l’ampleur pour fournir à la demande mondiale en pleine expansion. En plus de nuire à la biodiversité, cette production génère d’importantes émissions de gaz à effet de serre lors de l’assèchement des tourbières et du brûlement des forêts.

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Vent de changement dans les champs

Afin de mettre en place des balises mondiales pour produire une huile de palme plus durable, la table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO) a vu le jour en 2004. À noter qu’elle regroupe plus de 4 000 membres à travers le monde incluant entre autres des producteurs, des banques et de grandes multinationales. C’est donc un organisme créé par et pour l’industrie.

Parmi leurs critères, les fabricants certifiés ne doivent pas utiliser de produits chimiques qui mettent en danger la santé ou l’environnement, tout en minimisant l’érosion et la dégradation des sols. Ils doivent aussi protéger et maintenir les forêts qui accueillent des animaux rares ou en voie d’extinction. Et ils doivent offrir des conditions de travail éthiques et équitables pour les employés. À première vue, cela semble comme une bonne solution de rechange pour produire de façon plus durable un ingrédient si largement utilisé dans l’industrie alimentaire. 

Sauf que… 

La certification a été créée par l’industrie dans l’idée d’être réaliste pour celle-ci, tout en maintenant une production suffisante pour répondre à la demande mondiale. Une étude indépendante publiée en 2018 révèle les réels effets de cette certification dans des plantations indonésiennes. La certification aurait un impact plus important sur les facteurs économiques que sur les facteurs sociaux et environnementaux. Ainsi, il est suggéré que les critères de certification soient améliorés et que la surveillance soit plus rigoureuse. Or pour le moment, les auteurs de l’étude ne croient pas que la certification RSPO est une valeur sûre de durabilité.

Ces pratiques décevantes ne font qu’encourager certaines entreprises à opter pour d’autres ingrédients afin de concevoir leurs produits. « Chez PRANA, il a toujours été primordial d’utiliser des alternatives à l’huile de palme dans nos produits, explique Ehsane Khadraoui, Responsable Innovation et Développement de produits chez PRANA. C’est avant tout notre savoir-faire qui nous a amené à comprendre que la composition naturelle des noix biologiques est amplement suffisante afin d’arriver à la texture désirée. À titre d’exemple, notre plus récente innovation, le Mont Rocher, ne fait pas exception. C’est la combinaison de notre fameux beurre de noisettes, du beurre de cacao et de la pâte de datte qui nous permet d'avoir une texture à la fois fondante et qui se tient », ajoute-t-elle. Et visiblement, cela ne nuit pas du tout au résultat final, au contraire!

En tant que consommateur, vous devrez vous fier à la liste d’ingrédients si vous souhaitez privilégier des produits qui ne contiennent pas d’huile de palme. Est-ce qu’une entreprise pourrait déguiser celle-ci sous un autre nom? Selon l'Agence canadienne d'inspection des aliments : « si l'huile végétale est de l'huile de noix de coco, de l'huile de palme, de l'huile de palmiste, de l'huile d'arachides ou du beurre de cacao, elle doit être nommée de manière précise dans la liste des ingrédients, et le terme général huile végétale n'est pas acceptable. »